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Nouvelles du Front

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Le 4 juin, le tribunal correctionnel d'Angers a condamné mais dispensé de peine Olivier Cousin, le vigneron nature de Martigné-Briand poursuivi pour avoir commercialisé des vins mentionnant le mot "anjou". Il devra en outre verser 1 € symbolique à la Fédération viticole de l'Anjou et à l'Institut national des appellations d'origine (INAO), l'un et l'autre partie civile. Les juges l'ont en revanche relaxé du délit de "tromperie", reconnaissant sa bonne foi et son désir d'informer le consommateur. Le parquet a fait appel.

Quelques semaines auparavant, Emmanuel Giboulot, vigneron bourguignon en biodynamie, avait été condamné par le tribunal correctionnel de Dijon à 1 000 € d'amende - dont 500 € avec sursis - pour non-respect d'un arrêté préfectoral imposant le traitement préventif aux insecticides chimiques contre la cicadelle, responsable de la flavescence dorée, une maladie mortelle de la vigne, qui n'était pas présente dans son environnement. Emmanuel Giboulot a décidé de faire appel.

Ces deux verdicts, particulièrement cléments et loin des peines encourues, sont avant tout le résultat de la mobilisation et de l'agitation menées autour de ces affaires. Sur le fond, force reste à la loi et faire du vin autrement reste condamnable. Les misères causées récemment à Sébastien Riffault sur l'appellation "sancerre" en sont une autre illustration. "Nous avons quelques parcelles sur un sol très caillouteux avec une roche affleurante, dans des terroirs pauvres où la vigne souffre. Afin de tenter de redynamiser la vie de ces sols, nous y implantons, depuis plusieurs années, des engrais verts (plantes herbacées)", explique notre vigneron bio. Lors d'un contrôle en 2012, l'Union des vignerons de Sancerre (UVS) constate sur une parcelle "une hauteur d'herbe supérieure à la moitié de la hauteur du palissage", ce qui constitue un manquement au cahier des charges de l'appellation selon lequel, pour un pied de 1,20 m de hauteur, la "végétation concurrentielle" ne doit pas dépasser les 60 cm.

SYMBOLE

Averti par courrier et ne voulant pas d'histoires, Sébastien rase son herbe et met sa parcelle en conformité. Une seconde inspection, effectuée cette fois par l'Organisme d'inspection des vins du Centre (OIVC), le confirmera. Il pensait l'incident terminé lorsqu'il reçoit une facture de 34,92 € de l'OIVC pour ce contrôle qu'il n'a pas sollicité. Il décide alors de ne pas payer cette somme - certes modique mais symbolique du harcèlement et de l'incompétence des petits chefs de la bureaucratie vineuse.

Echange de courriers, mise en demeure, menace de transmettre le dossier à l'INAO qui peut "retirer l'habilitation", nous en sommes là.

Sébastien est d'autant plus colère qu'il s'estime victime d'une injustice. Les plantes herbacées qui poussent entre ses vignes ne sont pas de la « végétation concurrentielle", telle des pommes de terre ou du maïs, qui fatigueraient encore plus le sol. La moutarde noire ou la phacélie qu'il sème constituent une "végétation complémentaire", visant à enrichir et dynamiser la terre.

De plus, la décision de fixer une hauteur maximale pour l'herbe a été prise pour éviter que les machines à vendanger n'en ramassent avec les raisins. Si 90 % des vignes de Sancerre sont récoltées mécaniquement, Sébastien vendange à la main. Il n'est donc pas concerné.

Ces tracasseries de vignobles prouvent qu'il subsiste toujours une incompréhension et une intolérance, voire un certain ostracisme, à l'égard de ceux qui font différemment. Tout serait si simple pour Sébastien s'il mettait des engrais chimiques, vendangeait à la machine et faisait les 68 hectolitres par hectare autorisés dans l'appellation. Du sancerre réglementaire, respectueux de textes taillés sur mesure pour la viticulture conventionnelle.

Autre victime du règlement, Dominique Derain, vigneron en biodynamie à Saint-Aubin (Côte-d'Or), qui, en avril 2013, met en bouteille deux barriques de pommard 2012 et cinq de gevrey-chambertin 2012. Le vin était bon et la clientèle en réclamait. Il découvrira plus tard, lors d'une inspection des gens d'Icone (organisme de contrôle des appellations), qu'il aurait dû attendre le mois de juin pour embouteiller ces deux millésimes. Avec huit semaines d'avance, il devait être déclassé, ne plus s'appeler AOC pommard ou gevrey-chambertin.

Trois mille cinq cents bouteilles qui, heureusement, étaient presque toutes déjà vendues lors de la sanction, mais Dominique ne décolère pas contre ces gens qui savent mieux que lui quand il est temps de mettre son vin en bouteille. Ils sont de plus en plus nombreux dans le vignoble à oser protester contre ces comités et ces règlements de tout poil, et il n'est pas loin le temps où ils pourraient se regrouper pour faire entendre leur voix. A suivre.

jpgene.cook@gmail.com

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