Rencontre de Laureano SERRES avec le Vin Naturel …

Voici un texte intéressant de notre nouvel adhérent espagnol LAUREANO SERRES, sur sa 1ère  » rencontre » avec des vins naturels…. (Retransmis et traduit par Benoit VALEE, adhérent franc buveur et caviste à Barcelone)

Il me semble intéressant de vous traduire les impressions que Laureano a écrit dans le forum de discussion du site espagnol lavidagrata, juste après s’être rendu au salon La Remise le 20/02/06. En 2002, Laureano oublia de sulfiter une cuve et se rendit compte que non seulement son vin évoluait parfaitement bien, mais qu’en plus il était meilleur ou en tout cas, correspondait bien plus à ce qu’il recherchait. Heureux de pouvoir se passer de ce produit, il travaille désormais sans so2. Depuis cette découverte accidentelle et peut être intuitive ( il a toujours travaillé de manière écologique et vinifié avec des doses très réduites de so2), mais bien isolé dans son pays dans cette manière de concevoir le vin, il se rend compte aujourd’hui peu à peu que de nombreux vignerons en France travaillent dans la même direction. Ce récit révèle bien je crois, l’enthousiasme que provoca la découverte de tant de vignerons engagés comme lui, dans cette quête de vérité.
TRADUCTION : Benoît VALEE.


Découverte des vins naturels français par Laureano Serres, vigneron en Terra Alta (Tarragona-España)

« (…) Le jour se leva une fois passée la frontière, nous aperçûmes les premières vignes. Et Dieu sait s’il y en a !!!!. Banyuls, vieilles vignes donnant sur la mer, très peu palissées, plus sec que ce que nous allions rencontrer plus tard, mais plus humide qu’en Espagne. Et encore des vignes, des champs, de nombreuses petites propriétés et quelques unes plus importantes.
A la sortie de Montpellier nous décidâmes de sortir de l’autoroute et de continuer par la nationale. Beaucoup de canaux, beaucoup d’eau, de nombreuses caves, densité de plantation élevée, rendements importants… nous arrivons enfin. Nous voilà dans cette ferme, murs de pierres, avec au plafond des lampes argentées en forme de globes, de lunes, d’étoiles. Et nous sommes là, au milieu des étoiles, commençant à goûter, méthodiquement ; puis rapidement ce fut le chaos, nous nous laissons porter, demandant ici et là à déguster à chacun des stands (une barrique placée verticalement) auxquels nous accueillent les producteurs. Leurs mains ne sont pas manucurées, ce n’est qu’un détail pour ceux qui proposent leurs vins. Il y a de jeunes vignerons, les yeux brillants, avec la sérénité de ceux qui savent qu’ils font quelque chose de pur. Certains sont plus âgés, avec une plus longue expérience dans le vin. D’autres ne sont pas là et ont laissé le témoin à une nouvelle génération. De quelques-uns ou pourrait dire qu’ils sont un peu fous, que ce n’est pas normal de jouer avec un produit tant délicat. mais eux ne jouent pas, ils travaillent bien sérieusement.
Je goûte le gamay, de différents terroirs selon Stéphane Majeure, et beaucoup d’autres. Cela fait de nombreuses années que ces vignerons vinifient sans so2, juste avec ce qu’ils ont : du raisin. Il n’y a pas de chimie, ni de levurage…ou alors ça ne se sent pas. Mais non bien sûr, il n’y en a pas, je puis vous l’assurer. Je goûte également les grenaches blancs du sud, incroyables (Alain castex) et également du macabeu, élevé en barrique avec du sucre résiduel, incroyable également (de Jean-Michel Labouygues et sa fille, Judith). Et croyez-moi qu’au dessus de chaques barriques sur lequelles les vignerons présentent leurs bouteilles, il y avait un, deux, trois vins intéressants, au minimum, et certains avec une tension… (un nouveau mot à inscrire au vocabulaire de dégustation). Une partie de ces gens font partie d’une association dans laquelle se retrouvent des viticulteurs, distributeurs, consommateurs, tous intéressés par le vin naturel, rien de plus. Cela peut sembler difficile à définir, à croire, mais une des conditions requises pour un vigneron, c’est de raconter, d’expliquer à ses amis et confrères comment il travaille, comment il fait son vin. Apprendre de tous et de chacun.
Un Mas dans le sud de la France, des gens de différents continents, un carnet de notes à la main, et aucune mauvaise note, une éducation exquise. Souvenir inoubliable. Et plus encore. A midi, sur des tables installées au centre de la salle arrivèrent d’authentiques, abondants et exquis plats, il y eu même des huitres et ne manqua pas le jambon. Et pendant ce temps, nous continuâmes à goûter des vins blancs… encore et toujours cette tension. Echange de cartes de visite, que de gens courageux ! Embouteillé avec du gaz carbonique, tout est bon si c’est naturel, tout est bon si il y a cette pureté. Nous passons par les grenaches, carignans, syrahs et… gamays, encore une fois, un peu roi lui aussi, comme le chardonnauy que je connaissais dans sa « version espagnole ». Le Bout du Monde, le Mazel, Maxime Magnon avec un carignan impressionnant, Bruno Duchêne de Banyuls, l’Anglore, grenache et syrah je crois, dégusté grâce à la « mauvaise éducation », pendant que parlait éternellement Eric Pfifferling. Et Mouressipe d’Alain Allier, des notes phénoménales de minéralité, de calcaire sur un chardonnay qui n’avait pas terminé de fermenté. Tous, tous avaient quelque chose à dire. Et encore des vins, vins de table, problème avec l’Establishment. Il arrive si souvent que certaines AOC, tellement rigides, ne considèrent pas certains de ses vins, en général les plus purs, comme représentatifs de leur terroir.
Des vins de soif, de ceux qui s’élaboraient en France, peu alcoolisés, et qui se buvaient tranquillement, et en quantité. En version « naturel », c’est exquis pour tous les jours.
A sept heures, nous devons reprendre la route, il fallait partir, contre la montre, même si le lendemain se tenait à Maugio une autre petite fête comme celle-là, avec d’autres producteurs, d’autres gens. Nous laissons tout cela, la tête plein de souvenirs, et de regrets de devoir nous en aller si vite. J’ai goûté de nombreux vins, j’ai peu recraché, une quarantaine entre 11 et 19 heures, je crois que c’est ma limite, et mon record. Dans d’autres salons auxquels je me suis rendu, avec de telles quantités, je tombe par terre, et deux jours de perdus…
Voilà, seulement cette sensation euphorique et douce d’avoir goûté un aliment de premier ordre, et le désir de revenir. »
Laureano SERRES

Ses vins sont distribués en France par Thierry Puzelat.

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